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Europe culturelle: L'événement, comme tous les cinq ans... La DOCUMENTA de KASSEL!

3d88e2e44e086f679a2c6285c06a6707.jpgUNE SUGGESTION de RELATIO : L'été 2007 sera celui de l'art contemporain ou ne sera pas. Quatre grandes expositions se partagent l'affiche simultanément à Kassel, Venise, Bâle et Münster. Kassel, dans le nord de la Hesse, accueille pour la douzième fois l'exposition "documenta", considérée comme l'une des expositions majeures d'art contemporain  Elle a ouvert ses portes cette année sous la houlette de l'historien d'art et commissaire d'exposition Roger Martin Buergel, désigné comme directeur artistique. Quelque 650.000 visiteurs sont attendus jusqu'au 23 septembre.

L'exposition des 100 jours

Documenta dure cent jours. Puis tout disparaît. Elle rassemble près de 530 ouvres, nées de l'imagination de 113 artistes ou groupes d'artistes venus du monde entier. Les oeuvres sont réparties dans cinq bâtiments, sur 17.000 mètres carrés. Le public peut aller à leur contact de 10 heures à 20 heures. Outre le nouveau pavillon Aue, l'exposition se déploie au musée Fridericianum, à la Neue Galerie, dans le hall documenta et, pour la première fois, dans le château et le parc de Wilhelmshöhe.

Roger M. Buergel dit ne pas avoir misé sur les "noms", les "stars", mais avoir cherché ses artistes "à la périphérie". La plupart des artistes présents à Kassel sont inconnus du public allemand. Et plus de la moitié des exposants vient de régions négligées par les éditions précédentes : l'Europe de l'est, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique du sud. Parmi eux, sept sont Chinois.

Exposition "politique"

Artistiquement, Roger M. Buergel mise sur une proposition qu'il nomme "migration de la forme") C'est une démarche indirecte qui fait émerger le contexte de l'oeuvre à travers les correspondances qu'elle entretient avec d'autres ouvres ou signifiants. C'est en même temps une approche profondément sociopolitique. Documenta doit "soulever les gens et les amener à s'activer eux-mêmes pour sortir d'une certaine léthargie fondamentale. Il s'agit de faire en sorte que l'individu prenne ses responsabilités dans le monde où il vit", explique Roger M. Buergel.

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La "périphérie" à l'honneur

A côté des "habitués" comme le peintre allemand Gerhard Richter ou les photographes David Goldblatt et Allan Sekula, on découvre donc de nouveaux visages et des projets spectaculaires.

265b9e3f0bb04b90f1adb3e213d4fe36.jpgC'est le cas du Chinois Ai Weiwei (photo), auteur de l'une des oeuvres les plus spectaculaires de cette douzième édition : "Fairytale" (conte). Il a fait venir à Kassel 1001 de ses compatriotes, originaires de tous les milieux sociaux et exerçant toutes sortes de métiers. L'objectif est de les confronter à une culture (artistique) tout à fait étrangère à la leur, et de récolter leurs expériences.

Le Thailandaïs Sakarin Krue-On, lui, a planté face au château de Wilhelmshöhe des champs de riz qu'il espère voir s'épanouir au fil de l'exposition. L'artiste autrichien Peter Friedl a choisi de mettre en scène une girafe empaillée, ancienne pensionnaire d'un zoo palestinien et victime du conflit au Proche-Orient. Le Russe Kirill Preobrazhenskiy a monté une installation sonore sur la ligne 4 du métro. Enfin, Roger M. Buergel a fait venir un artiste que l'on n'attendait peut-être pas là : le cuisinier du célèbre restaurant espagnol "ElBulli" à Barcelone, Ferran Adria. Le chef avant-gardiste propose à des visiteurs d'expérimenter la "cuisine moléculaire". Avis aux amateurs de "nougatine d'algues", de "bonbons à l'huile d'olive" ou de salières remplies de brouillard artificiel odorant.

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La douzième documenta sort des sentiers battus. Elle s'est élargie dans l'espace en investissant un vaste pavillon de verre en modules de serre. Elle a misé sur la participation accrue du public local en chargeant un jury de faire passer les thèmes de la documenta 12 dans les écoles, les entreprises et les médias de Kassel. Enfin, elle s'est reliée au reste du monde. 70 magazines internationaux ont été mis en relation pour débattre de sujets esthétiques et sociopolitiques.

Plus d'informations : www.documenta.de

Kassel, capitale de l'art contemporain depuis 1955

8ea503705ea79438e2a9425f7b06e5b9.jpgL'exposition documenta, qui se tient tous les cinq ans à Kassel, est considérée comme l'une des principales expositions d'art contemporain au monde. C'est un baromètre des tendances artistiques du moment, mais aussi le lieu d'éclosion de nouveaux concepts d'exposition.
On doit ainsi l'idée de "Musée des 100 jours" au fondateur de l'exposition, le peintre et professeur d'art Arnold Bode. En 1955, il eut l'idée de réunir les ouvres d'art moderne que les *** avaient ravalées au rang d'"art dégénéré". La première exposition documenta n'était encore qu'une annexe de l'exposition nationale d'horticulture. Mais elle suscita l'enthousiasme en Allemagne et à l'étranger. 130.000 visiteurs affluèrent pour admirer les ouvres d'Ernst Barlach, de Wassily Kandinsky ou d'August Macke, exposées parmi 670 travaux. Pour sa deuxième édition, en 1959, documenta devint donc une véritable exposition d'art contemporain, présentant des ouvres de Marc Chagall, Oskar Kokoschka ou encore Emil Nolde.
Les éditions suivantes poursuivirent le mouvement, dévoilant des tendances comme l'"art cinétique" (1964), le pop'art et les happenings (1968), ou des artistes comme Josef Beuys. L'exposition de 1972, la plus marquante, fut un tournant. Documenta devint elle-même un objet d'art. En outre, son fonctionnement évolua. Elle est désormais programmée tous les cinq ans, et elle est orchestrée par un directeur artistique à chaque fois nouveau, désigné par un jury international et capable d'imprimer sa marque personnelle.

Documenta ou la "migration de la forme"

Le directeur artistique de documenta 12, Roger M. Buergel, mise sur ce qu'il appelle "la migration de la forme". C'est une proposition artistique qu'il élabore à partir d'une question : comment éclairer sans le trahir le contexte qui a vu l'oeuvre naître ? Roger M. Buergel écarte ici un double écueil : l'ethnocentrisme (présenter au grand public de l'art africain qui ait vraiment l'air "africain") et l'académisme (pure transmission de connaissances). Son propos est de faire émerger le contexte de l'oeuvre à travers les correspondances, formelles et thématiques, que celle-ci entretient avec d'autres oeuvres, ou avec d'autres niveaux de signification. "Il ne s'agit pas d'un appel impuissant à une solidarité de tous les êtres humains, mais d'un appel à la communication des formes comme moyen de connaissance de soi", explique-t-il.

57ff498b09c7c131abae6e9e3c41a40e.jpgRoger M.Buergel


Cette approche possède une forte composante sociopolitique. La question décisive est finalement de savoir "si l'on parvient à restituer l'art qui nous paraît si excessivement familier dans notre cercle culturel euro-américain dans toute son étrangeté, et dans toute sa singularité, voire presque dans une perte d'identité qui nous le fait apparaître d'autant plus rayonnant et frais", confesse Roger M. Buergel.

Publié vendredi 29 juin 2007 03:05 par philippe-raviart.net, Folder: Blogs Externes (219)

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